Écarts discours / faits — Billet n° 32

« Si ça ne marche pas, c'est toi »

L'écosystème promet aux indépendants un marché porteur ; leur entourage en conclut que l'échec est leur faute. Les registres d'entreprises, les cohortes de l'Insee et les revenus déclarés racontent autre chose : une vague d'entrants, des canaux éteints, puis un reflux. Entre la promesse et le reproche, le marché réel a disparu du raisonnement

Conseil & IA Septembre 2026 5 700 mots Exposition : 57 %

L'objet

Il existe un discours que presque tous les indépendants dont l'activité s'effondre ont entendu, et qu'ils finissent souvent par se tenir à eux-mêmes. Il tient en une phrase : si ça ne marche pas, c'est toi. Il se décline en conseils de bon sens (cherche davantage, accepte n'importe quelle mission, prends un vrai travail, ne mets pas tous tes œufs dans le même panier), et il est presque toujours prononcé de bonne foi, par des proches qui s'inquiètent.

Ce billet ne le traite pas comme une opinion à réfuter, mais comme un énoncé à mesurer. Il le confronte à un second discours, qui le précède et le rend possible : celui de l'écosystème de la formation et du travail indépendant, qui promet en 2026 un marché porteur. Puis il confronte les deux aux faits : les registres d'entreprises, les cohortes de créateurs suivies par l'Insee, les revenus déclarés, les séries de l'Urssaf, les mises à jour des moteurs de recherche.

La thèse est simple à énoncer. Ces deux discours ne s'opposent pas, ils s'emboîtent. Le premier promet que le marché est ouvert. Le second en tire la conclusion logique : si le marché est ouvert et que tu échoues, la cause ne peut être que toi. Les faits décrivent un marché qui s'est gonflé d'entrants, a perdu ses principaux canaux d'accès aux clients, puis a commencé à se vider. Entre la promesse et le reproche, le marché réel a disparu du raisonnement.

Pour éviter qu'un cas particulier ne tienne lieu de preuve, nous raisonnons sur un profil type, théorique, et sur des statistiques publiques. Une expérience de terrain documentée a servi à vérifier que les mécanismes décrits par les statistiques se retrouvent dans la réalité ; elle n'est pas exposée ici.

1. Deux discours qui s'emboîtent

La promesse

En 2026, les guides pour devenir formateur indépendant se multiplient, et ils disent tous la même chose. L'un, publié en mai, s'appuie sur un marché de la formation de 35 milliards d'euros et sur plus de 100 000 organismes actifs pour conclure : « Jamais la demande n'a été aussi forte »1. Un autre, en juillet, décrit un secteur qui aurait progressé d'environ 25 % depuis 2022, porté par plus d'un million de reconversions par an, et affirme que « partout, on cherche des formateurs »2. Un troisième termine son guide en demandant à son lecteur, au vu des opportunités du marché, « qu'attendez-vous pour sauter le pas ? »3. Un organisme de formation breton, enfin, s'adresse explicitement aux salariés en reconversion, aux experts sectoriels et aux anciens managers, en insistant sur des opportunités qualifiées de « réelles »4.

Trois observations s'imposent.

La première tient à la logique de l'argument. Le chiffre de plus de 100 000 organismes de formation est présenté comme la preuve d'une demande record. Il mesure pourtant le nombre d'offreurs, pas le nombre d'acheteurs. Entre 2020 et 2024, ce nombre est passé de 73 788 à 101 753, soit près de 38 % de hausse en quatre ans, avec environ 30 000 organismes qui apparaissent et autant qui disparaissent chaque année5. L'indicateur de la saturation est utilisé comme un argument d'opportunité.

La deuxième tient aux contradictions internes de cette littérature. Le même éditeur qui invite son lecteur à sauter le pas publie un mois plus tard un article expliquant que la sous-traitance, voie d'entrée habituelle du formateur débutant, implique une baisse tarifaire de 30 à 50 % par rapport au client direct6. Un autre guide, qui fait miroiter des revenus de 40 000 à 80 000 euros par an, indique quelques lignes plus loin que 60 % des nouveaux formateurs abandonnent dans les dix-huit premiers mois faute de clients réguliers7. La promesse et son démenti cohabitent sur la même page ; seule la promesse est mise en avant.

La troisième tient à la position d'énonciation. Ces textes sont publiés par des organismes qui vendent des formations de formateurs, des titres certifiants, des logiciels de gestion pour indépendants. Ce n'est pas un reproche moral : c'est une position, et elle se déclare. Ceux qui promettent le marché vendent le ticket d'entrée. Leur intérêt est que le flux d'entrants se maintienne, quel que soit l'état du marché que ces entrants vont rejoindre.

Le reproche

Le second discours ne s'écrit pas dans des guides ; il se dit, dans les familles, entre voisins, entre amis. Les énoncés relevés, paraphrasés, sont d'une grande banalité : « Quand on a faim, on ne fait pas la fine bouche. » « Il faut chercher un vrai travail. » « Va voir les agences d'intérim. » « Tu devrais t'investir dans une association pour rencontrer du monde. » Et, sous une forme plus dure : « Sans ton conjoint, tu serais à la rue », « Tu fais des manières parce que tu crois encore avoir le choix. »

Ces énoncés ont deux propriétés.

La première est qu'ils se contredisent entre eux, de sorte qu'aucune conduite ne peut les satisfaire tous. Prenons une situation concrète. L'indépendant reçoit l'injonction d'agir : « fais quelque chose ». Il s'inscrit dans un programme d'accompagnement vers l'emploi. On lui répond alors : « ça ne suffit pas, ne mets pas tous tes œufs dans le même panier ». Il multiplie les pistes. On lui reproche de se disperser. Il refuse une mission qui lui ferait perdre de l'argent. On lui reproche de faire la fine bouche. Chaque réponse possible est déjà prévue par une injonction qui la disqualifie. Ce n'est pas une suite de conseils, c'est une structure fermée.

La seconde est qu'ils partagent un même opérateur : l'attribution interne. La cause de la situation est placée dans la personne (sa volonté, ses exigences, son orgueil, sa paresse supposée), jamais dans l'environnement. La psychologie sociale connaît ce mécanisme depuis longtemps sous le nom d'erreur fondamentale d'attribution : la tendance à expliquer le comportement d'autrui par ses dispositions plutôt que par sa situation8. Le discours du reproche ne l'invente pas. Il le moralise.

La boucle

Les deux discours s'articulent en une boucle. La promesse installe une prémisse : le marché est ouvert, la demande est forte, les opportunités sont réelles. Le reproche en tire la conclusion : si les opportunités sont réelles et que tu n'en profites pas, c'est que tu ne les saisis pas. Il suffit que la prémisse soit fausse pour que la conclusion le devienne aussi. Or l'entourage n'a aucun moyen de vérifier la prémisse : il ne connaît du marché que ce qu'en disent ceux qui le vendent. Le reproche n'est donc pas une méchanceté. C'est la conclusion correcte d'un raisonnement construit sur une information fausse.

2. Le profil type, et pourquoi il vaut pour des milliers

Le profil est théorique. Il a 55 ans. Cadre supérieur en communication et en marketing, formateur, il s'est installé à son compte au début des années 2010. À la veille du Covid, il compte huit ans d'indépendance, et son activité dégage entre 65 000 et 110 000 euros de chiffre d'affaires par an. Le métier est alors à son meilleur.

Ce portrait ne décrit pas un individu. Il désigne une classe de situations, définie par cinq traits qui se combinent.

Le statut. Il est indépendant, sans salarié : il porte seul la production, la vente et l'administration. Le métier. Il vend un service intellectuel (conseiller, écrire, former) dont la valeur est difficile à démontrer avant l'achat, ce qui rend l'acquisition de clients coûteuse. L'intermédiation. Il accède à ses clients par des tiers : moteurs de recherche, réseaux sociaux, plateformes, organismes de formation, agences, acheteurs publics. Il suffit que ces tiers changent leurs règles pour que son accès au marché change avec elles. La génération. Installé avant 2020, il a construit son modèle dans un environnement où le référencement naturel et la visibilité par le contenu produisaient des clients ; ses savoir-faire d'acquisition sont indexés sur ce monde-là. L'âge. À 55 ans, le retour au salariat, que le discours du reproche présente comme une évidence, n'a rien d'une option ordinaire.

Chacun de ces traits est partagé par une population importante. L'Urssaf recense 4,94 millions de comptes de travailleurs indépendants fin 2025, dont 3,03 millions d'auto-entrepreneurs9. Dans la seule catégorie du conseil de gestion, qui regroupe le conseil en communication et le conseil aux entreprises, l'Insee compte 183 000 non-salariés fin 2022, dont 70,1 % de micro-entrepreneurs et 16,9 % de personnes de 60 ans ou plus10. Le registre Sirene recense, à l'automne 2026, 69 882 entrepreneurs individuels actifs dans le seul conseil en relations publiques et communication11. C'est la conjonction des cinq traits qui produit une même trajectoire, et c'est elle que nous suivons.

3. La vague : quand l'offre gonfle

Le premier choc est un choc d'offre. Dans le conseil en relations publiques et communication, le registre Sirene compte environ 4 000 créations d'entreprises individuelles par an au début des années 2010 (3 992 en 2013). Le rythme monte à 10 108 en 2019, puis culmine à 19 067 en 2022, près de cinq fois le niveau de 201311.

Conseil en relations publiques et communication : créations et cessations d'entreprises individuelles, 2010-202505 00010 00015 00020 000201120142017202020232025CréationsCessations19 067 créations en 20222024 : les cessationsdépassent les créations
Figure 1 – Conseil en relations publiques et communication (code 70.21Z) : créations et cessations d'entreprises individuelles, 2010-2025. Source : Insee, stock Sirene ; comptages SemiosX.

Qui sont ces entrants ? L'enquête Sine de l'Insee, qui interroge les créateurs d'entreprise l'année de leur création, en donne le portrait pour les micro-entrepreneurs immatriculés au premier semestre 2022, au cœur de la vague. Ils sont jeunes : 37,6 % ont moins de 30 ans, et seulement 15,6 % ont 50 ans ou plus. Leurs diplômes sont très dispersés : 19,2 % ont un bac+5 ou plus, mais 11,7 % n'ont aucun diplôme qualifiant. Une part importante vient du chômage (28,1 %). La famille des activités spécialisées, scientifiques et techniques et des services administratifs, où se range le conseil, représente 28,7 % des créations, la première de toutes12.

Le Covid a pesé, mais moins qu'on ne le dit : 6,3 % de ces créateurs déclarent que leur entreprise n'aurait pas existé sans la crise sanitaire, et 76,2 % qu'elle n'a eu aucun effet sur leur projet12. La vague n'est pas une parenthèse sanitaire. C'est un mouvement de fond, que la crise a accompagné.

Pour un indépendant installé, ce mouvement a une conséquence immédiate. Dans un appel d'offres, sur une plateforme, dans le tableau comparatif d'un acheteur, vingt ans d'ancienneté et six mois d'activité occupent chacun une ligne. Quand l'offre se multiplie, le prix devient le seul signal que l'acheteur sait lire.

4. Le canal qui s'éteint : deux vagues algorithmiques

Le deuxième choc frappe le canal par lequel le profil type trouvait ses clients : être trouvé sur un moteur de recherche en publiant du contenu utile. Il arrive en deux vagues, qu'il importe de ne pas confondre.

Première vague, 2022-2024 : le tri algorithmique et la fin du texte rare

En août 2022, Google lance sa mise à jour « Helpful Content », d'abord en anglais, puis l'étend à toutes les langues en décembre 202213. Elle vise explicitement les contenus conçus d'abord pour se classer autour de mots-clés. Elle est suivie en 2023 de plusieurs mises à jour majeures de l'algorithme (en mars, août, octobre et novembre) et d'une nouvelle version de la même mise à jour en septembre 202313. Une analyse publiée en 2026 résume l'effet : la stratégie de volume qui fonctionnait en 2018-2020 a cessé de fonctionner, et la mise à jour de septembre 2023 a fait perdre à de nombreux sites de 50 à 90 % de leur trafic organique14. Un cas documenté montre l'enchaînement : un site indépendant de tests de produits passe de 4 000 à 200 visiteurs quotidiens venus de Google entre octobre 2023 et avril 202415. Dès 2023, un observateur français notait que les petits et moyens sites avaient été les plus touchés16.

Au même moment, fin novembre 2022, le lancement public de ChatGPT rend la production de texte presque gratuite. Le contenu, qui était une preuve de compétence parce qu'il coûtait du temps et du savoir, devient un bien surabondant. Les résultats de recherche se remplissent, et le texte cesse d'être un signal.

Il y a là une ironie qu'il faut nommer. Le modèle qui s'effondre (publier régulièrement pour être trouvé) est exactement celui que l'écosystème du marketing de contenu recommandait aux indépendants depuis dix ans. Ceux qui avaient suivi le conseil le plus répandu sont ceux qui ont perdu le plus.

Seconde vague, 2024-2026 : la réponse sans le clic

La seconde vague est celle des réponses générées par intelligence artificielle, affichées directement en tête des résultats. L'étude de référence est celle du Pew Research Center, menée sur 68 879 recherches réelles : les utilisateurs cliquent vers un site dans 8 % des cas quand un résumé généré s'affiche, contre 15 % sans résumé, et les liens cités dans le résumé ne recueillent que 1 % des clics. Google conteste la méthode de cette étude. Selon les relevés de Similarweb, la part des recherches sans aucun clic est passée de 56 % à 69 % entre mai 2024 et mai 202517.

Mais ces résumés n'ont été lancés qu'en mai 2024 aux États-Unis, et Google ne les a activés en France que le 22 juillet 202618. Pour un indépendant français, l'effondrement de 2022-2023 ne vient donc pas d'eux : il vient de la première vague. La seconde arrive seulement, et elle frappera ceux qui avaient survécu à la première. Beaucoup d'analyses attribuent la chute de 2023 aux résumés générés ; en France, la chronologie ne le permet pas.

5. La formation : du financement public au travail à perte

Le troisième choc touche le canal de repli naturel du profil type : la formation professionnelle, où son expérience de terrain est directement transmissible.

Selon le baromètre 2025-2026 du Synofdes, publié en février 2026, 56 % des organismes de formation ont déjà dû réduire ou suspendre une partie de leurs activités, et 9 % envisagent un dépôt de bilan à court terme19. Côté financement, le reste à charge demandé aux salariés qui mobilisent leur compte personnel de formation, créé à 100 euros en mai 202420, est passé à 150 euros le 2 avril 202621. Le projet de budget pour 2027 prévoit de le porter à 350 euros pour les formations jugées non prioritaires, un texte encore soumis au vote du Parlement22. Les organismes construits presque entièrement sur ce financement sont les premiers touchés19, et avec eux les formateurs indépendants qui travaillent pour eux.

Pour l'indépendant, la formation passe presque toujours par la sous-traitance. La journée s'y négocie souvent entre 250 et 450 euros23, avec une décote de 30 à 50 % par rapport à la vente directe6. Et le cadre contractuel ajoute une incertitude que les chiffres ne montrent pas : le formateur signe avec un organisme un contrat-cadre qui le référence, sans lui garantir aucun volume. Être référencé n'est pas être commandé. Un contrat signé peut ne produire qu'une seule mission en de longs mois ; vu de l'extérieur, l'indépendant « a des clients », vu de sa comptabilité, il a une promesse sans engagement.

Quand les missions arrivent, leurs conditions complètent le tableau. Prenons une offre type, observée sur le terrain : deux journées de présence à Paris, payées 50 euros de l'heure, préparation non rémunérée, trajet remboursé au tarif le plus bas, ni repas ni hébergement pris en charge. Deux journées de sept heures font 700 euros facturés. Retirons environ un quart de cotisations sociales, puis les frais de repas et d'hébergement à la charge de l'intervenant. Pour un formateur venu de province, il reste de l'ordre de 300 euros nets, pour quatre jours mobilisés en comptant les deux journées de trajet, sans compter la préparation. Rapporté au temps réellement engagé, c'est moins que le salaire minimum. Refuser cette mission, ce n'est pas faire la fine bouche : c'est refuser de payer pour travailler.

6. Le reflux mesuré

Après la vague, le reflux. Dans le conseil en relations publiques et communication, les cessations d'entreprises individuelles passent de 6 346 en 2022 à 9 235 en 2023, puis 15 747 en 2024 et 11 701 en 202511. Pour la première fois depuis 2010, les fermetures dépassent les créations, en 2024 comme en 2025.

Une précaution s'impose. L'Urssaf signale qu'elle a reporté, puis appliqué partiellement en 2024, la radiation d'office des auto-entrepreneurs n'ayant déclaré aucun chiffre d'affaires pendant deux ans24. Une partie du pic de 2024 est donc un rattrapage administratif. Pour ne pas se laisser tromper par une année isolée, il faut considérer 2023, 2024 et 2025 ensemble. Le solde reste négatif : 34 001 créations pour 36 683 cessations11.

Créations et cessations cumulées 2023-2025 par métierConseil en communication34 001 créations36 683 cessationsConseil en gestion96 518 créations124 549 cessationsFormation continue d’adultes16 388 créations12 777 cessationsProgrammation informatique44 257 créations37 850 cessations
Figure 2 – Créations et cessations cumulées d'entreprises individuelles, 2023-2025, par code d'activité. Source : Insee, stock Sirene ; comptages SemiosX.

La comparaison avec les métiers voisins est instructive. Le conseil en gestion connaît un reflux massif, avec 96 518 créations pour 124 549 cessations sur les trois années. L'Urssaf le confirme de son côté : le secteur du conseil pour les affaires, qui gagnait chaque année 10 000 à 20 000 comptes d'auto-entrepreneurs, en perd plus de 11 000 en 2025, un repli de 7,1 %9. La formation continue d'adultes garde un solde positif sur la période (16 388 créations pour 12 777 cessations), mais il devient légèrement négatif en 2025, avec 4 991 créations pour 5 104 cessations11.

Même la programmation informatique, que l'on présente volontiers comme le secteur protégé de l'indépendance, change de régime. Son solde reste positif sur 2023-2025 (44 257 créations pour 37 850 cessations), mais il s'annule en 2024 et 2025, autour de 15 000 dans chaque sens, et les cessations ont triplé depuis 202211. Les séries de l'Urssaf montrent pourtant que les immatriculations du secteur informatique restent en 2025 à un niveau très supérieur à celui de 2019, là où celles du conseil sont retombées sous leur niveau d'avant la crise sanitaire25. Le marché des développeurs indépendants ne s'effondre pas ; il ne grandit plus, et il fait tourner ses effectifs à grande vitesse. Les plaintes qu'on lit en ligne sur la dévaluation de l'expertise technique ont donc une base mesurable, même si les moyennes sectorielles la masquent.

7. Ce que font ceux qui tiennent

Qui survit, et comment ? L'Insee a suivi pendant cinq ans les micro-entrepreneurs immatriculés au premier semestre 2018. Cinq ans plus tard, en 2023, 39,6 % de ceux qui avaient démarré leur activité sont encore actifs26. Cette cohorte a traversé la crise sanitaire et le début de la transformation des canaux ; c'est la meilleure mesure publique disponible de la survie.

Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 : part encore active cinq ans après, par secteurTransports16,8 %Activités spécialisées (dont conseil)32,3 %Commerce35,6 %Hébergement, restauration36,0 %Information et communication37,0 %Finance, immobilier37,9 %Arts, spectacles, loisirs44,3 %Construction45,5 %Services administratifs et de soutien45,5 %Enseignement45,6 %Autres services52,2 %Industrie52,3 %Santé humaine et action sociale56,3 %moyenne : 39,6 %
Figure 3 – Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 : part encore active cinq ans après, par secteur. Source : Insee, enquête Sine.

La famille des activités spécialisées, scientifiques et techniques, où se trouvent le conseil, la communication, la publicité et le design, n'a que 32,3 % de survivants à cinq ans. Seuls les transports et le commerce font moins bien. L'enseignement tient mieux (45,6 %), l'information et la communication se situent dans la moyenne (37,0 %). Les métiers qui résistent le mieux sont la santé et l'action sociale (56,3 %), l'industrie (52,3 %) et les autres services aux personnes (52,2 %)26 : des métiers qui exigent une qualification réglementée ou un savoir-faire physique, difficiles à remplacer par un nouvel entrant ou par une machine.

Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 : part encore active cinq ans après, selon l’âgeMoins de 30 ans27,8 %30 à 39 ans41,9 %40 à 49 ans48,4 %50 ans et plus46,7 %
Figure 4 – Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 : part encore active cinq ans après, selon l'âge au moment de la création. Source : Insee, enquête Sine.

Le résultat selon l'âge contredit frontalement le discours du reproche. Les moins de 30 ans ne sont que 27,8 % à tenir cinq ans. Les 40-49 ans sont 48,4 %, les 50 ans et plus 46,7 %26. Les seniors survivent presque deux fois mieux que les plus jeunes. L'Urssaf fait le même constat sous un autre angle : 81,3 % des auto-entrepreneurs de plus de 60 ans déclarent effectivement un chiffre d'affaires, contre 52,2 % des moins de 30 ans9. L'âge et l'expérience sont des facteurs de survie, pas de faiblesse. En revanche, la qualification ne protège pas davantage : les créateurs qui occupaient auparavant un poste de cadre sont 40,6 % à survivre, contre 44,2 % pour les anciens ouvriers26. Diplômes et statut antérieur ne sont pas des assurances dans ce marché.

La même enquête permet de voir comment travaillent les consultants seniors, c'est-à-dire les créateurs de 50 à 59 ans de la famille des activités spécialisées et des services aux entreprises. Près de 70 % d'entre eux n'utilisent pas du tout les réseaux sociaux pour leur activité, et moins d'un sur cinq a un blog ou une présence professionnelle sur ces réseaux. La moitié réalise l'essentiel de son chiffre d'affaires avec un ou deux clients (28,6 % avec un seul, 21,1 % avec deux). La sous-traitance est la principale source de revenus pour 13,2 % d'entre eux, contre 9 % pour l'ensemble des créateurs du même âge, et les plateformes numériques restent marginales (5,2 %). Leur clientèle est d'abord faite d'entreprises (53,3 %), très peu d'administrations (6,9 %)27.

Le modèle dominant du consultant senior n'est donc pas la conquête de clients par la visibilité. C'est une relation concentrée sur quelques clients, souvent obtenus par le réseau professionnel ou par un donneur d'ordre qui sous-traite. L'Insee le mesure aussi à l'échelle de tous les indépendants : entre 2021 et 2023, l'activité de 12 % d'entre eux dépend en fait d'un seul partenaire économique28.

La conséquence pour notre sujet est directe. Le canal que la promesse vend à l'entrant (se rendre visible, publier, animer sa présence en ligne) est celui que les indépendants seniors qui durent utilisent le moins. Et le modèle qui les fait durer, la dépendance à quelques donneurs d'ordre, est aussi celui qui les expose le plus quand ces donneurs d'ordre sont eux-mêmes frappés : c'est précisément ce qui arrive aux organismes de formation financés par le compte personnel de formation.

8. La moyenne qui monte, le fond qui se dérobe

Un résultat semble contredire tout ce qui précède, et il faut l'affronter plutôt que le taire. Selon les séries de l'Urssaf, le chiffre d'affaires moyen par auto-entrepreneur réellement actif dans le secteur du conseil pour les affaires a progressé entre 2019 et 2025, et cette hausse subsiste une fois l'inflation retirée : en euros constants, l'indice passe de 100 à 114,1. Dans l'informatique, il atteint 130,6. L'enseignement (101,7) et le design (101,2) sont stables, et la moyenne de tous les secteurs recule légèrement (99,1)25. En moyenne, le conseil ne s'effondre pas.

Deux mécanismes permettent de lire ce paradoxe. Le premier est un effet de composition. L'Insee l'a mesuré sur l'ensemble des indépendants : leur revenu moyen, micro-entrepreneurs compris, a baissé de 12,1 % en euros constants entre 2019 et 2022, et cette baisse reflète surtout la hausse de la part des micro-entrepreneurs, passée de 41 % à 49 %29. Une moyenne bouge d'abord avec la population qu'elle résume. Quand les plus fragiles sortent d'un secteur, la moyenne de ceux qui restent monte mécaniquement, sans que personne ne gagne davantage.

Le second est la polarisation, et les données de l'Insee sur les revenus en donnent une image nette pour le conseil de gestion en 2022, dernière année disponible.

Revenus mensuels des indépendants classiques en 2022 : 1er décile, médiane, 9e décile0 €2 000 €4 000 €6 000 €8 000 €10 000 €Conseil de gestion540 €3 340 €10 610 €Ensemble des secteurs650 €2 900 €9 320 €
Figure 5 – Revenus mensuels d'activité des indépendants classiques en 2022 : 1er décile, médiane et 9e décile. Source : Insee, Emploi et revenus des indépendants, édition 2025.

Chez les indépendants classiques du conseil de gestion, les 10 % les moins payés gagnent moins de 540 euros par mois, et les 10 % les mieux payés plus de 10 610 euros. L'écart entre ces deux seuils est d'environ 1 à 20, contre environ 1 à 14 pour l'ensemble des secteurs. Et 17,8 % des non-salariés du conseil de gestion déclarent un revenu nul, contre 10,6 % tous secteurs confondus. Quant aux micro-entrepreneurs du secteur, ils gagnent en moyenne 940 euros par mois, contre 4 410 euros pour les indépendants classiques10.

Le conseil est donc un métier où une minorité gagne très bien sa vie et où une part importante gagne très peu, ou rien. Dans une telle distribution, une moyenne peut monter pendant que le fond se dérobe. Le profil type, avec ses 65 000 à 110 000 euros de chiffre d'affaires, se situait dans le haut de cette distribution, là où les revenus dépendent d'une clientèle installée et des canaux qui l'alimentent. Quand ces canaux se sont effondrés, il n'a pas glissé doucement vers la moyenne : il a basculé vers le bas.

Cette lecture reste une hypothèse. Les données sur la dispersion s'arrêtent en 2022, avant la bascule, et elles ne sont publiées que pour les indépendants classiques, pas pour les micro-entrepreneurs. Mais c'est l'hypothèse la plus cohérente avec l'ensemble des séries : des entrées qui refluent, une survie faible, des sorties qui dépassent les créations, et une moyenne qui monte.

9. Modéliser la chute : la fronce

Reste à comprendre pourquoi la chute est si brutale, et pourquoi le retour est si difficile. Un modèle mathématique ancien, présenté ici sans formule, en donne une image précise : la théorie des catastrophes, élaborée par René Thom à la fin des années 1960 et exposée en 1972, puis popularisée par Christopher Zeeman, qui l'a appliquée dès les années 1970 à des phénomènes sociaux30. Nous signalons cette filiation une fois pour situer le modèle, et nous l'employons pour ce qu'il rend lisible.

La théorie des catastrophes décrit les systèmes qui, sous l'effet de causes qui varient doucement, changent d'état brusquement. Parmi les figures que Thom a classées, la plus utile ici s'appelle la fronce. Elle fait intervenir deux paramètres de contrôle. Pour notre profil type, ce seraient l'état du marché (les canaux d'accès aux clients, le niveau des prix, le nombre de concurrents) et la capacité de l'indépendant à être présent sur ce marché (son temps, son énergie, sa disponibilité).

Schéma de la fronce de Thom : saut brutal et hystérésisActivité installéeActivité effondréesaut brutalretour : il faut revenirbien en deçà du seuilPression cumulée : chocs de marché + absence forcée du marché →État del’activité
Figure 6 – Schéma de la fronce : sous une pression qui monte doucement, l'activité reste longtemps sur la branche haute, puis saute d'un coup vers la branche basse. Le retour exige de ramener la pression bien en deçà du seuil de la chute. Schéma SemiosX, d'après la théorie des catastrophes de René Thom.

Tant que les deux paramètres varient modérément, l'activité s'adapte, et rien ne se voit. Mais quand leur combinaison franchit un seuil, le système quitte la branche haute et tombe sur la branche basse, sans passer par les états intermédiaires. C'est le saut que décrivent tant d'indépendants : une année normale, puis plus rien.

La fronce a surtout une propriété qui éclaire la suite, et que le discours du reproche ignore entièrement : l'hystérésis. Une fois le saut accompli, remettre les paramètres à leur valeur de départ ne suffit pas à ramener le système à son état antérieur. Il faut les ramener beaucoup plus loin, bien en deçà du seuil de la chute, pour que le système remonte. Concrètement : l'indépendant qui retrouve sa disponibilité ne retrouve pas son activité. Ses clients sont partis, son réseau s'est défait, ses canaux ont changé de règles pendant qu'il n'y était pas. Il revient sur un marché qui n'est plus celui qu'il a quitté.

Un second outil complète le premier. Les exposants que le mathématicien Alexandre Liapounov a introduits en 1892 mesurent la sensibilité d'un système à ses conditions initiales, c'est-à-dire la manière dont de petits écarts s'amplifient jusqu'à rendre son évolution imprévisible31. Une mise à jour d'algorithme, un contrat-cadre qui ne produit rien, un organisme de formation qui ferme, quelques mois d'absence : chacun de ces événements est modeste. Leur conjonction, dans un système sensible, produit une trajectoire que personne n'aurait prédite. Liapounov décrit la constellation de petites variables ; Thom décrit la brisure et l'impossibilité du retour.

Nous présentons ce modèle comme une grille de lecture, pas comme une démonstration : aucune des données publiques utilisées ici ne permet d'estimer la forme exacte de la surface. Mais il a le mérite de rendre pensable ce que le discours du reproche rend impensable : qu'une chute puisse être brutale sans faute, et qu'un effort revenu à son niveau d'avant ne suffise pas à retrouver l'activité d'avant.

10. L'écart, et sa fonction

L'écart est net. Le discours du reproche attribue à la personne ce que les données attribuent au marché : la vague d'entrants, l'extinction des canaux, la contraction du financement, le reflux. Mais la question que pose SemiosX n'est pas de savoir qui a tort. Elle est de savoir à quoi sert ce discours.

Il remplit au moins deux fonctions. La première est de transformer un problème structurel, face auquel chacun est impuissant, en problème moral, sur lequel on peut agir en donnant des conseils. Celui qui dit « cherche davantage » a le sentiment d'aider ; celui qui dirait « ton marché s'est effondré » n'aurait rien à proposer. La seconde est de protéger celui qui le tient. Si l'échec vient de l'individu, alors sa propre position, à lui, ne dépend pas de la conjoncture. Le discours d'attribution est une assurance contre le vertige.

La figure du « parasite », qui apparaît dans ses versions les plus dures, mérite un examen particulier, parce qu'elle inverse exactement la structure réelle. Elle présuppose que l'indépendant en difficulté vit sur les ressources des autres : de son conjoint, de la collectivité. Or l'indépendant ne dispose ni d'assurance chômage comparable à celle du salarié, ni de congé qui préserve son activité quand il doit s'absenter. Ce qu'il traverse, il le finance lui-même, sur son épargne, son patrimoine ou son endettement futur. Il porte seul des coûts que d'autres statuts mutualisent. Le qualifier de parasite, c'est reprocher à quelqu'un de payer sa propre crise.

Nous ne visons ici aucune personne. Nous visons une fonction : ce discours rend invisible la part du monde dans les trajectoires individuelles. Et il le fait d'autant plus efficacement qu'il repose sur une promesse que ceux qui le tiennent n'ont aucun moyen de vérifier.

11. Ce que ce billet ne dit pas

Il ne dit pas que l'indépendant n'a aucune prise sur sa situation, ni que tous les profils de ce type connaissent la même trajectoire. Il ne dit pas que les auteurs des guides mentent : leurs chiffres de marché sont réels, c'est leur interprétation qui est orientée par leur position.

Ses limites sont les suivantes. Le profil type est une construction théorique, dont la représentativité statistique reste à mesurer. Les tableaux de l'Insee ne croisent jamais les canaux d'accès aux clients avec la survie : nous savons comment travaillent les consultants seniors et nous savons que les seniors survivent mieux, mais pas que ce sont ceux qui travaillent par intermédiaires qui survivent. Le registre Sirene donne le code d'activité actuel des entreprises, pas celui de leur création, et une partie des cessations de 2024 relève d'un rattrapage administratif. Les données de dispersion des revenus s'arrêtent en 2022. Les contrats-cadres sans volume et le verrouillage des marchés publics par des accords-cadres sont décrits d'après le terrain, sans quantification. Enfin, les chiffres ne disent pas qui sort du marché, les entrants de la vague ou les anciens installés ; la cohorte de l'Insee suggère plutôt les premiers, sans le démontrer.

Annexe – L'indépendant proche aidant : disparaître deux fois

Il existe une situation où tous les mécanismes décrits dans ce billet se combinent avec une violence particulière, et dont presque personne ne parle : celle de l'indépendant qui doit accompagner un proche gravement malade ou en fin de vie.

Deux statuts, deux mondes

Le salarié qui accompagne un parent dispose d'un congé de proche aidant. Pendant son absence, son poste l'attend, son employeur continue d'exister, et son retour se fait dans une organisation qui a tourné sans lui mais qui l'attendait. L'indépendant, lui, ne s'absente pas d'un poste : il suspend une activité. Pendant qu'il accompagne son proche, il ne prospecte plus, il ne relance plus ses donneurs d'ordre, il ne suit plus les évolutions de ses canaux. Ses clients se tournent vers d'autres. Son réseau, faute d'être entretenu, se défait. Et le marché, lui, continue de bouger.

C'est exactement la situation que décrit la fronce. L'absence forcée agit comme l'un des deux paramètres de contrôle : elle pousse l'activité vers le seuil de la chute, précisément au moment où les autres paramètres (les canaux, les prix, la concurrence) changent. Et l'hystérésis fait le reste. Quand l'accompagnement s'achève, souvent par un deuil, l'indépendant qui revient ne retrouve pas son activité. Il retrouve un marché transformé, avec des outils d'acquisition qui ne fonctionnent plus et des interlocuteurs qui ont trouvé quelqu'un d'autre. Il disparaît deux fois : une première fois pendant l'accompagnement, une seconde fois parce que le marché ne le reconnaît plus à son retour.

Le dispositif existant

Il existe une aide, et elle est ouverte aux indépendants : l'allocation journalière du proche aidant, versée depuis le 30 septembre 2020. En 2026, elle s'élève à 66,64 euros par jour, versée dans la limite de 22 jours par mois et de 66 jours par personne aidée. Pour y avoir droit, la personne accompagnée doit avoir un taux d'incapacité d'au moins 80 % reconnu par la maison départementale des personnes handicapées, ou une perte d'autonomie classée dans les groupes 1 à 4 de la grille nationale (GIR) et bénéficier de l'allocation personnalisée d'autonomie, ou encore relever de certaines situations d'invalidité32. Depuis 2025, un même aidant peut accompagner jusqu'à quatre personnes au cours de sa carrière, soit 264 jours au maximum33.

Allocation journalière du proche aidant : 66 jours face à un accompagnement de douze moisJours indemnisables (AJPA)66 joursAccompagnement de douze mois250 jours ouvrés
Figure 7 – Allocation journalière du proche aidant : 66 jours indemnisables par personne aidée, face aux jours ouvrés d'un accompagnement hypothétique de douze mois. Sources : ministère des Solidarités ; calcul SemiosX.

Trois décalages

Un décalage de durée. Un accompagnement de fin de vie peut durer des mois, voire plus d'une année. Soixante-six jours indemnisés, c'est environ trois mois de jours ouvrés. À 66,64 euros par jour, un niveau qui correspond au salaire minimum journalier, l'allocation compense une petite fraction de la perte d'un indépendant qui facturait plusieurs centaines d'euros la journée. Et surtout, elle ne compense rien de ce qui coûte le plus : la clientèle, le réseau et les canaux qui se défont pendant l'absence.

Un décalage de conception. Les conditions d'accès suivent la logique du handicap ou de la dépendance progressive. Or une maladie grave, un cancer par exemple, ne se traduit pas nécessairement par un taux d'incapacité, et une personne âgée qui en est atteinte peut rester relativement autonome au regard de la grille pendant l'essentiel de sa maladie, alors que l'accompagnement est déjà lourd : rendez-vous, traitements, hospitalisations, angoisse. Quand la dépendance devient évidente, la fin est souvent proche, et les délais d'instruction se comptent en semaines. Le dispositif est pensé pour des trajectoires de dépendance, pas pour les trajectoires de la maladie grave.

Un décalage de recours. En mars 2024, on comptait 16 317 bénéficiaires de l'allocation, pour un nombre d'aidants estimé entre 8 et 11 millions, dont une partie de retraités non éligibles33. En moyenne, un aidant est indemnisé 9 jours par an et par personne aidée, et les travailleurs indépendants représentent 16 % des bénéficiaires34. Les chercheurs qui étudient le non-recours aux droits distinguent plusieurs formes, dont deux sont centrales ici : la non-connaissance, quand on ignore qu'on pourrait avoir droit à une aide, et la non-demande, quand on ne la sollicite pas alors qu'on pourrait y prétendre, notamment pour ne pas s'exposer à un refus de plus35. L'indépendant aidant cumule souvent les deux : il ne sait pas si son statut lui ouvre des droits, et il est trop épuisé pour affronter une procédure dont l'issue est incertaine. On demande le moins d'aide au moment où l'on en aurait le plus besoin.

Ce qu'il faudrait mesurer

SemiosX mesure des écarts ; il ne prescrit pas de politiques. Mais cette annexe désigne des mesures qui manquent : la durée réelle des accompagnements de fin de vie assurés par des actifs, comparée aux 66 jours indemnisables ; le taux de recours à l'allocation chez les indépendants, rapporté au nombre d'indépendants aidants ; et, surtout, la trajectoire d'activité des indépendants dans les deux années qui suivent un accompagnement. Tant que ces chiffres n'existeront pas, le discours du reproche continuera d'expliquer par la paresse ce qui relève d'une double disparition, dont aucun dispositif ne tient compte.

Notes

  1. Opco Direct, « Comment devenir formateur indépendant en 2026 : guide complet », mai 2026.
  2. Kwark, « Comment devenir formateur : le guide des parcours en 2026 », juillet 2026.
  3. Formdev, « Comment lancer son activité de formateur indépendant en 2026 ? », juillet 2026.
  4. Altim Formation, « Devenir formateur indépendant 2026 : guide complet », avril 2026.
  5. Ateliers & Expertises, « Évolution du marché de la formation professionnelle en 2026 » (données reconstituées 2020-2024).
  6. Formdev, « Tarifs formateur indépendant : combien facturer en 2026 ? », août 2026.
  7. Cobound, « Devenir formateur indépendant 2026 : guide complet A à Z », avril 2026.
  8. Lee Ross, « The intuitive psychologist and his shortcomings: distortions in the attribution process », Advances in Experimental Social Psychology, vol. 10, 1977.
  9. Urssaf Caisse nationale, Stat’Ur n° 423, bilan des travailleurs indépendants fin 2025, repris par Le Journal des Entreprises, septembre 2026. Décompte en comptes de cotisants, non en individus.
  10. Insee, Emploi et revenus des indépendants, édition 2025, fiche « Services aux entreprises et services mixtes », figures 1, 2 et 4 (base Non-salariés 2022).
  11. Insee, stock des unités légales Sirene (data.gouv.fr), extraction septembre 2026 ; entrepreneurs individuels (catégorie juridique 1000), code d’activité principal actuel ; comptages SemiosX. Pour une unité cessée, l’année retenue est celle du début de sa dernière période administrative.
  12. Insee, enquête Sine 2022, « Les créations et créateurs d’entreprises en 2022 : situation initiale », tableaux CPL_01, CPL_04, CPL_06, CPL_10 et CPL_17 (micro-entrepreneurs, France entière).
  13. Tactee, « Google Helpful Content Update : quelles actions concrètes ? », mars 2026 ; chronologie des mises à jour : Yapasdequoi.
  14. Stridec, « The Helpful Content Update: What It Is, How It Evolved », avril 2026.
  15. Pixfeed, « Core Updates Google 2023-2024 : études de cas », octobre 2025, d’après Search Engine Land.
  16. Mister WordPress, « Google Helpful Content déclasse les contenus inutiles », mise à jour d’octobre 2023.
  17. Pew Research Center, juillet 2025 (68 879 recherches, mars 2025), repris par IT Social, qui cite aussi les relevés Similarweb ; contestation de Google rapportée par BDM, juillet 2026.
  18. Webmarketing & co’m, « AI Overviews en France : ce que montrent déjà les chiffres », août 2026.
  19. Baromètre Synofdes 2025-2026 (février 2026), repris par Formagora, « Crise des organismes de formation 2026 », août 2026.
  20. Formation Professionnelle Mag, « Formation professionnelle : un marché en contraction ou en déclin ? », juillet 2026.
  21. Décret n° 2026-234 du 30 mars 2026 relatif au montant de la participation obligatoire au financement des formations éligibles au CPF, applicable au 2 avril 2026.
  22. Les Echos, « Compte personnel de formation : les salariés devront payer jusqu’à 350 euros de malus », 23 septembre 2026 ; Le Figaro, 23 septembre 2026 ; CPFormation, « CPF : le reste à charge pourrait passer à 350 € », 23 septembre 2026.
  23. Cadres en mission, « Tarif d’un formateur indépendant : comment le calculer ? », décembre 2025.
  24. Urssaf, « Auto-entrepreneurs, par secteur d’activité », précisions méthodologiques : radiations d’office reportées en 2020 et 2023, traitement partiel en 2024.
  25. Urssaf, séries trimestrielles par secteur, 2015-2025 ; indices et déflation SemiosX, à partir des taux d’inflation annuels moyens publiés par l’Insee (2020-2023, 2024-2025).
  26. Insee, enquête Sine, « Micro-entrepreneurs immatriculés en 2018 : situation initiale, situation en 2021 et en 2023 », novembre 2025, tableaux de pérennité à cinq ans (R_PEREN_00, 01, 03 et 12, France).
  27. Même source, situation initiale 2018, tableaux croisant activité, sexe et âge (q31, q32, q33, q35, q42), secteur MN, 50-59 ans.
  28. Insee, « En moyenne entre 2021 et 2023, l’activité de 12 % des indépendants est de fait dépendante d’un seul partenaire économique », même ouvrage.
  29. Insee, « 4,4 millions d’indépendants en France en 2022 », Emploi et revenus des indépendants, Insee Références, édition 2025.
  30. René Thom, Stabilité structurelle et morphogenèse, 1972 ; Christopher Zeeman, « Catastrophe Theory », Scientific American, avril 1976, pour les premières applications aux phénomènes sociaux.
  31. Alexandre Liapounov, Problème général de la stabilité du mouvement, 1892.
  32. Ministère des Solidarités, « L’allocation journalière du proche aidant », 2026 ; Mon Parcours Handicap ; Association française des aidants, FAQ.
  33. UNSA Retraités, « Aidants en activité : une allocation journalière élargie », décembre 2025.
  34. Sécurité sociale, programme de qualité et d’efficience « Autonomie », indicateur 1.9.
  35. Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), typologie du non-recours : non-connaissance, non-demande, non-réception, non-proposition.

Ce billet, noté par sa propre méthode

Trente affirmations, treize exposées, huit pour moitié, neuf comptées contre. Taux : 57 %. Le cœur factuel du billet repose sur des registres publics et des enquêtes de la statistique publique, tous reproductibles. Ce qui reste compté contre lui, ce sont le profil type, qui protège le terrain dont il est issu, et les thèses qui donnent sens aux chiffres : la boucle entre promesse et reproche, la polarisation, la fronce. Leurs voies de sortie sont mesurables : une série de dispersion des revenus postérieure à 2022, un croisement entre canaux d’accès aux clients et survie, et un suivi des indépendants après un accompagnement de proche.

SemiosX mesure l'écart entre les discours et les faits, pas les personnes. Les énoncés de l'entourage sont des paraphrases déclarées de propos courants ; les guides cités sont analysés comme des énoncés situés, sans prêter d'intention à leurs auteurs. Le profil étudié est une construction théorique, et le terrain qui l'a éclairé est intégralement anonymisé : personne n'est nommé ni identifiable. Les comptages Sirene ne conservent aucune donnée individuelle.

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