Discours politique — Billet n° 28

Neuf ans, vingt et un compteurs

Le bilan des deux mandats d'Emmanuel Macron relevé domaine par domaine, entre le récit du déclin et le récit de la réussite : les chiffres, leurs sources, leurs angles morts, et le jugement laissé au lecteur

Discours politique Septembre 2026 2100 mots Exposition : 63 %

Trois récits, un seul relevé

À quelques mois de la fin du second mandat, le bilan d'Emmanuel Macron circule sous trois formes. Le récit décliniste additionne les courbes qui descendent et tait celles qui montent. Le récit de réussite fait exactement l'inverse, avec la même méthode. Le troisième, le bilan froid, est le plus rare, pour une raison simple : il ne produit ni titre ni partage, puisqu'il ne conclut pas à la place du lecteur.

Ce billet tente le troisième. Il prend vingt et un domaines, relève pour chacun une valeur de départ proche de 2017 et la dernière valeur publiée, donne la source, puis code le sens de la variation par une règle unique, appliquée à l'identique partout. Il s'interdit une seule chose : tordre un fait dans un sens ou dans l'autre. Le reste, et notamment le poids que chacun accorde à chaque domaine, appartient au lecteur.

Le protocole

Bornes. Départ : 2017, ou la mesure publiée la plus proche. Arrivée : la dernière valeur disponible en septembre 2026.

Codage. ↑ si un indicateur quantitatif, identique aux deux bornes, s'améliore. ↓ s'il se dégrade. = s'il ne bouge pas au-delà de ce que la mesure permet de distinguer, ou si rien n'a été fait. ↔ dans trois cas : aucun indicateur synthétique n'existe, les indicateurs disponibles se contredisent, ou le sens de la variation dépend d'un choix de valeurs plutôt que d'un fait.

Ce que le protocole ne fait pas. Il mesure un delta, pas une responsabilité. La pandémie, le choc énergétique de 2022, la guerre en Ukraine et le cycle économique mondial pèsent sur presque toutes les lignes ; le billet ne tente pas de répartir les causes, et il le dit plutôt que de le faire en douce. Il ne pondère pas non plus les domaines entre eux : une ligne vaut une ligne.

La liste. Les vingt et un domaines ont été fixés avant la collecte des chiffres, et non choisis pour ce qu'ils montrent. Deux recouvrements sont conservés et visibles : PISA recoupe l'Éducation nationale, la présence dans le monde recoupe la politique extérieure.

Finances publiques et économie

L'État et ses services

Société et environnement

La France dans le monde

Le décompte

Cinq ↑ : économie et attractivité, emploi, justice, environnement, Union européenne. Cinq ↓ : dette et déficit, PISA, université, politique extérieure, soft power. Deux = : recherche, mille-feuille institutionnel. Neuf ↔ : fiscalité, pouvoir d'achat, Éducation nationale, santé, aménagement du territoire, avancées sociales, vivre-ensemble, présence dans le monde, contre-pouvoir mondial.

Sur ce qui se mesure, le résultat est un match nul. Ce nul est pourtant asymétrique. Les ↑ portent pour l'essentiel sur des flux : des emplois créés, des projets d'investissement, des budgets votés, des émissions annuelles. Les ↓ portent sur des stocks : une dette accumulée, un niveau scolaire, un réseau d'influence, un appareil universitaire. Or un flux se retourne en un an, quand un stock se reconstruit en une génération. Le billet ne conclut pas que l'un pèse plus que l'autre ; il constate que les deux colonnes ne sont pas faites de la même matière.

Les questions qui restent ouvertes

L'imputation. Quelle part de la dette tient aux crises (le « quoi qu'il en coûte » sanitaire, le bouclier énergétique) et quelle part aux choix fiscaux du premier mandat ? Les deux récits concurrents répondent avant d'avoir compté. Ce billet ne répond pas, parce qu'il faudrait pour cela un contrefactuel que personne ne peut observer.

Les moyens et les résultats. La justice a reçu des moyens sans précédent et reste jugée en état de délabrement ; l'université a perdu des moyens par étudiant et se dégrade. Le lien entre moyens et résultats est-il faible dans le premier cas, ou simplement lent ?

La qualité des baisses. Une partie de la baisse des émissions tient au repli d'industries émettrices. Une baisse obtenue par désindustrialisation vaut-elle une baisse obtenue par transition ? La question vaut aussi pour le chômage, dont une part de la baisse passe par l'apprentissage subventionné.

Le retournement. Le chômage remonte depuis 2025, les investissements étrangers reculent. Les ↑ de la période survivront-ils à la dernière année du mandat ?

Les instruments. PISA baisse partout, les indices de soft power ne sont pas homogènes, la mesure du pouvoir d'achat est discutée jusque devant le Parlement. Une partie du désaccord public sur ce bilan tient moins aux faits qu'aux thermomètres.

Libre appréciation

Les neuf cases ↔ ne sont pas des esquives. Ce sont les endroits où le bilan cesse d'être un fait pour devenir un jugement. Un lecteur libéral codera sans doute la fiscalité en ↑, un lecteur social-démocrate en ↓, et aucun des deux ne se trompe sur les faits : ils ne pèsent pas les mêmes choses. Chacun peut redistribuer ces neuf cases selon ses valeurs, et obtenir un score qui lui ressemblera. Le seul usage que ce billet refuse, c'est de présenter ce score-là comme un constat.

Limites déclarées

Plusieurs chiffres sont pris dans des sources secondaires relayant une source primaire : la dette 2025 (Insee, relayée par la presse économique), le nombre d'apprentis (Insee Références, relayé par Centre Inffo), la baisse du budget par étudiant (calcul de Lucas Chancel, relayé), le nombre d'universités déficitaires (France Universités, relayé). La dette 2017 est donnée dans la base comptable de l'époque, que l'Insee a depuis révisée. Les émissions de 2017 et de 2025 ne sont pas publiées dans la même édition de l'inventaire, dont les coefficients ont changé entre-temps : l'ordre de grandeur de la baisse est solide, sa valeur exacte ne l'est pas. Le chômage de 2026 est publié sur un champ incluant Mayotte, ce qui le rehausse de moins d'un dixième de point. Les faits législatifs (PMA, IVG, loi de 2021, plan de relance européen, réformes fiscales) sont notoires mais ne sont pas référencés pièce à pièce dans ce billet. Enfin, le codage des cas ↔ est un arbitrage de l'auteur, rendu visible pour pouvoir être contesté.

Notes et pièces

  1. Insee, « Les comptes des administrations publiques en 2017 », Insee Première n° 1698 (déficit, dette, prélèvements obligatoires).
  2. Comptes publics 2025 publiés par l'Insee le 27 mars 2026, relayés par Le Journal de l'économie.
  3. Insee, Informations rapides n° 215, chômage au deuxième trimestre 2017.
  4. Insee, Informations rapides n° 210, chômage au deuxième trimestre 2022.
  5. Insee, Informations rapides n° 192, chômage au deuxième trimestre 2026.
  6. EY, Baromètre de l'attractivité de la France 2026.
  7. Assemblée nationale, rapport de la mission d'information sur l'évolution du pouvoir d'achat depuis 2017.
  8. Insee Références « Formations et emploi » 2025, relayé par Centre Inffo.
  9. DEPP, Note d'information n° 23.49 ; La Grande Conversation, analyse PISA 2022 ; Trésor-Éco n° 377.
  10. L'Express Éducation, « Qui est Édouard Geffray ».
  11. Sénat, audition du garde des Sceaux sur le budget 2024 ; ministère de la Justice, plan de recrutement 2023-2027 ; Assemblée nationale, rapport spécial sur la mission Justice.
  12. Assemblée nationale, réponse à la question écrite n° 595.
  13. Calcul de Lucas Chancel relayé dans une revue de presse de l'université de Franche-Comté ; France Universités, relayé par Maire-info et par l'exposé d'un amendement à l'Assemblée.
  14. Sénat, rapport spécial Recherche (DIRD 2018) ; SIES, note d'information 2025-12 (DIRD 2023) ; L'Essentiel de l'éco (loi de programmation de 2020).
  15. LexisVeille, adoption définitive du 15 juillet 2026.
  16. OFCE, « Réforme et suspension de la réforme des retraites », janvier 2026.
  17. Insee, Tableaux de l'économie française 2019 (émissions 2017) ; Citepa, relayé par Banque des Territoires (estimation d'avril 2026) et Sud Radio (révision).
  18. AllAfrica, « Départ des soldats français de l'Afrique occidentale et centrale », juillet 2025.
  19. Portland Communications, Soft Power 30 (2017), relayé par CNN ; Brand Finance, Global Soft Power Index 2026.
  20. Franceinfo, déploiements français en Méditerranée orientale, mars 2026.

Ce billet, noté par sa propre méthode

Seize affirmations, sept exposées, six pour moitié, trois comptées contre. Taux : 63 %. Le score est plus bas que celui d'un billet de mesure pure, et c'est attendu : un bilan de mandat mobilise des sources hétérogènes, dont plusieurs ne sont accessibles qu'à travers un relais. Chaque relais est nommé, pour que le lecteur puisse remonter à la source primaire et vérifier par lui-même.

SemiosX mesure l'écart entre les discours et les faits, pas les personnes. Les vingt et un domaines ont été fixés avant la collecte, la règle de codage est publiée et appliquée à l'identique à chacun, et les cases indécidables sont laissées indécidables plutôt que tranchées en faveur d'un récit. Aucun jugement n'est porté sur la personne du président ; seuls des chiffres, des variations et leurs limites le sont.

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