Écarts discours / faits — Billet n° 9

Trente-quatre prétendants, une grammaire commune

Analyse différentielle des programmes de 2027 : tronc commun, bassins à l'aveugle, typologie de l'impossible

Discours politique Septembre 2026 3200 mots Exposition : 77 %

Objet, corpus, méthode

À sept mois et demi du premier tour (18 avril et 2 mai 2027), la chaîne parlementaire dénombre trente-quatre responsables politiques déclarés ou putatifs, dont seize candidatures officialisées1. Ce billet ne compare pas des personnes ni des chances électorales : il compare des corpus d'énoncés programmatiques, pour répondre à quatre questions. Qu'est-ce que tous disent (tronc commun) ? Qu'est-ce qui sépare deux bassins sémantiques identifiables à l'aveugle, sans étiquette partisane ? Qui propose des items juridiquement impossibles en l'état, et de quelle impossibilité s'agit-il ? Enfin, quels discours sont construits contre d'autres discours, et lesquels tiennent debout seuls — l'autoréférence étant ici, contre l'intuition commune, traitée comme une qualité structurelle : un discours qui n'a pas besoin de l'adversaire pour exister survit à la disparition de l'adversaire.

Le corpus. Trois couches : (a) le comparateur de programmes de la Fondation iFRAP, consulté le 2 septembre 2026, dont les propositions ont été extraites et condensées en unités verbe + objet2 ; (b) les déclarations de candidature et éléments de plateforme rapportés par LCP, Toute l'Europe, Public Sénat, ici.fr et les sites de campagne1 3 4 ; (c) pour le volet constitutionnel, les analyses de constitutionnalistes publiées5 6 7.

Les comptages. Chaque proposition du corpus (a) a été classée par détection lexicale dans trois classes d'actes programmatiques — destitution (abroger, supprimer, interdire, mettre fin, revenir sur…), institution (créer, instaurer, mettre en place, lancer…), restauration (rétablir, restaurer, refonder, reconquérir, revaloriser…) — et testée contre dix marqueurs de bassin définis avant toute lecture des étiquettes partisanes. Corpus, script et résultats sont publiés avec le billet (voir les pièces en bas de page) : chaque chiffre cité ci-dessous renvoie à sa clé dans ces fichiers. Un lecteur hostile peut refaire tous les comptages.

Les limites, déclarées d'emblée. Le corpus iFRAP est asymétrique : certains candidats y comptent plus de cent items documentés, d'autres deux, d'autres aucun sur les rubriques consultées (Bertrand, Cazeneuve, Faure, Hollande, Lassalle, Roussel, Royal y figurent en « proposition non encore connue »)2. Une absence de corpus n'est pas une absence de programme : c'est une absence d'exposition programmatique à date — donnée en soi, mais qui interdit de classer ces candidats dans les bassins. Les parts lexicales sont donc exprimées en pourcentage des items de chaque candidat, jamais en valeurs absolues comparées. Enfin, la détection lexicale repère la présence d'un lexème, pas son orientation : on verra plus bas que cette « faiblesse » produit l'un des résultats les plus intéressants de l'étude.

Le paysage au 2 septembre 2026

Seize candidatures officialisées selon le décompte de LCP : Édouard Philippe (Horizons, en campagne depuis septembre 2024), Gabriel Attal (Renaissance, déclaré le 22 mai 2026), Bruno Retailleau (désigné par les adhérents LR mi-avril), David Lisnard (Nouvelle Énergie), Xavier Bertrand (Nous France, confirmé le 26 août), Marine Le Pen (RN, candidature confirmée le 7 juillet), Jean-Luc Mélenchon (LFI, quatrième candidature), Delphine Batho (Génération écologie), Karim Bouamrane (maire PS de Saint-Ouen, hors primaire), Nathalie Arthaud (LO), Nicolas Dupont-Aignan (DLF), Florian Philippot (Les Patriotes), François Asselineau (UPR), Clara Egger (Solution démocratique), Antoine Mikolajczak (Equinoxe) et Francis Lalanne (France Libre)1.

S'y ajoutent : la primaire fermée du pôle socialiste en octobre (Royal, Brun, Guedj, Glucksmann, Faure déclarés)1 ; Marine Tondelier, investie par Les Écologistes et qui maintient sa candidature après l'enterrement de la primaire unitaire1 ; François Ruffin et Clémentine Autain, initialement candidats à cette primaire ; Éric Zemmour, qui a indiqué qu'il faudrait « dans tous les cas compter sur lui »1 ; Anasse Kazib (Révolution permanente)3 ; et les candidatures suspendues à une décision — Hollande (« en décembre »), Roussel (officialisation attendue le 6 septembre), Cazeneuve, Villepin, Le Maire (décision en octobre, manifeste publié le 23 août), Borne1. Deux faits de contexte pèsent sur les corpus : Marine Le Pen a été condamnée en appel début juillet 2026 mais demeure éligible et candidate4 8, et le premier débat entre candidats a déjà eu lieu1 — la campagne discursive est ouverte, ce qui rend l'analyse différentielle possible dès maintenant.

Ils sont légion, donc. Mais la légion parle une seule langue.

Le tronc commun : la grammaire de la restauration

Quatre invariants traversent la quasi-totalité des corpus documentés, du Front populaire à Reconquête.

L'école, et d'abord le salaire des enseignants. C'est le recouvrement le plus spectaculaire du corpus : Philippe propose +20 % pour les professeurs, Retailleau +135 €/mois net en début de carrière et +300 € en cœur de carrière, Tondelier +15 % hors inflation, Lisnard +20 % conditionné à réorganisation, le PS un alignement sur la moyenne OCDE, Glucksmann une revalorisation planifiée sur cinq ans, Mélenchon le rattrapage du gel du point d'indice, Zemmour des primes d'excellence au mérite2. Huit corpus, huit mécanismes différents, un seul constat partagé : le traitement enseignant est devenu l'énoncé consensuel par excellence. La divergence ne porte plus sur le si mais sur la contrepartie (autonomie, évaluation, mérite d'un côté ; inconditionnalité et point d'indice de l'autre) — c'est là que le tronc commun se re-différencie.

Le narcotrafic comme objet universel. Plan d'urgence chez le Front populaire, état d'urgence narcotrafic chez Retailleau, force nationale interministérielle chez Zemmour, cellules locales sous autorité préfectorale chez Lisnard, renforcement des moyens d'enquête chez Glucksmann2. Aucun corpus documenté n'en fait l'économie. Le narcotrafic a acquis en 2026 le statut discursif qu'avait le terrorisme en 2017 : l'objet dont on ne peut pas ne pas parler.

La souveraineté déclinée. Données et IA chez Retailleau, industrie de défense chez Glucksmann, fonds de souveraineté chez Villepin, réquisition et circuit du Trésor chez Mélenchon, « Buy European First » chez Retailleau2. Le signifiant « souveraineté » est devenu transversal ; seul son complément de nom varie (numérique, industrielle, énergétique, monétaire) — et ce complément suffit à réassigner le bassin.

L'invariant grammatical : le préfixe re-. C'est le résultat le plus net du comptage. Toutes familles confondues, les corpus conjuguent la restauration : rétablir la double peine (Philippe), rétablir l'ISF (Villepin, Mélenchon, Tondelier), restaurer les trois filières (Zemmour), refonder Parcoursup (Retailleau), réinstaurer une police de proximité (Front populaire), reconquérir la souveraineté sur les données (Retailleau), rétablir les jurés populaires (Mélenchon)2. Jusqu'aux titres d'ouvrages des candidats en réserve — Réveillons-nous !1. Aucun corpus ne parle la langue de la continuité ; y compris ceux des deux anciens Premiers ministres du bloc sortant, écrits contre le bilan qu'ils ont administré. Le champ 2027 est unanime sur un point : l'état présent est un écart à corriger. Ce que les bassins se disputent, c'est la date de l'état de référence à restaurer — et cette date est probablement le meilleur prédicteur d'appartenance de bassin qu'un seul mot puisse fournir.

Le bassin gauche, à l'aveugle

Protocole. Cinq marqueurs sémantiques ont été définis avant lecture des étiquettes : (M1) prix administrés — encadrer, bloquer, plafonner les prix ou marges ; (M2) conditionnalité des aides aux entreprises ; (M3) fiscalité du patrimoine — Zucman, ISF, successions, superprofits ; (M4) abrogation — le verbe « abroger » appliqué aux lois du cycle 2017-2026 ; (M5) salaire socle — SMIC, point d'indice. Le script attribue à chaque corpus un score de 0 à 5 (pièce comptages.json, clé bassin_gauche).

Résultats. Le programme commun de la gauche unitaire (« Front populaire » dans la nomenclature iFRAP) sature les cinq marqueurs (5/5) ; Mélenchon en réunit quatre (4/5 — seul « conditionner » manque littéralement à son corpus, qui préfère réquisitionner) ; Tondelier trois (3/5) ; le PS et Glucksmann un seul chacun (1/5)2. Le bassin existe donc bien à l'aveugle : quatre corpus s'y agrègent sans qu'on ait eu besoin de leur nom.

Trois cas limites, plus instructifs que le centre du bassin. Le premier est Glucksmann : 1/5 seulement. Son corpus est social-démocrate par la fiscalité (rééquilibrer travail/capital/héritage) mais son centre de gravité lexical est ailleurs — défense, production industrielle, application des OQTF2. À l'aveugle, il ne tombe pas dans le bassin gauche : il constitue un attracteur propre, mi-régalien mi-redistributif, cohérent avec sa stratégie de primaire face à un appareil dont le corpus programmatique propre est, à date, quasi vide2. Le deuxième est Villepin : sur dix items documentés, le marqueur M3 s'allume (rétablir l'impôt sur la fortune) et aucun marqueur droite ne s'active2. Un corpus étiqueté gaulliste qui, à l'aveugle, flotte au bord du bassin gauche : c'est le seul cas du champ où l'étiquette et la signature lexicale divergent à ce point, et cela documente objectivement le trouble que cette précandidature provoque dans les deux blocs. Le troisième est le PS : 0 % d'énoncés de destitution, 27,3 % de restauration — la part de restauration la plus élevée de tout le champ (clé classes.ps.part_restauration)2. Un corpus mince (11 items) qui ne détruit rien et restaure beaucoup : grammaire d'un appareil qui se re-légitime plutôt qu'il ne rompt.

Le bassin droite

Protocole symétrique. Cinq marqueurs : (D1) baisse des dépenses et des postes publics ; (D2) autorité pénale — peines planchers, fin des aménagements, suppression des juges d'application des peines ; (D3) restriction migratoire — regroupement familial, quotas, droit du sol, AME, expulsions ; (D4) allègement de la production et de la transmission — impôts de production, pacte Dutreil, donations ; (D5) autonomie-mérite scolaire — examen d'entrée, certificat, autonomie des directeurs.

Résultats. Quatre corpus atteignent 4/5 : Retailleau, Zemmour — et Attal et Philippe2. C'est le second résultat majeur de l'étude : à l'aveugle, le bloc central n'existe pas comme bassin sémantique distinct. Suppression de 100 000 postes, année blanche sur les prestations, quotas migratoires votés par secteur, comparution immédiate des mineurs (Attal) ; double peine, peines planchers, suppression des JAP, liste annuelle de pays sûrs (Philippe)2 : ce lexique est celui du bassin droite, sans reste. Ce qui distingue les deux anciens Premiers ministres de Retailleau et Zemmour n'est pas le champ lexical mais deux opérateurs : le degré (100 000 postes contre 250 000-300 000 ; restreindre le regroupement familial contre le supprimer) et surtout le rapport à la norme suprême — inscrire dans la Constitution par la voie ordinaire de révision, ou la contourner et la refondre (section suivante). L'UDR présente par ailleurs le seul corpus du champ à 0 % d'institution et 0 % de restauration : dix-huit items, tous en réduction, économie chiffrée poste par poste, aucune création2 — grammaticalement, le programme le plus purement soustractif de la compétition.

Le marqueur qui s'allume des deux côtés. Le lexème « Dutreil » apparaît chez Philippe (le défendre) et chez Tondelier (en abaisser l'exonération de 75 % à 50 %)2. Même mot, opérateurs inverses : la détection lexicale brute le classe des deux côtés, et c'est exactement ce qu'il faut retenir — certains objets (Dutreil, OQTF, ISF, Parcoursup) ne sont plus des mesures mais des frontières, dont la seule fonction discursive est d'être franchies dans un sens ou dans l'autre. Ce sont ces objets-frontières, plus que les thèmes, qui structurent réellement le champ 2027.

Le bassin de l'impossible : une typologie à quatre étages

« Inconstitutionnel » est employé dans le débat comme un mot-valise. Le corpus impose de distinguer quatre régimes d'impossibilité très différents — et de constater qui loge à quel étage.

Étage 1 — La révision assumée (possible, mais pas par décret). Inscrire une règle d'or budgétaire dans la Constitution (Philippe, Attal)2, permettre un état d'urgence narcotrafic (Retailleau, qui écrit lui-même « réformer la Constitution afin de permettre la mise en œuvre de ces mesures »)2, étendre le champ du référendum de l'article 112 5. Rien d'inconstitutionnel ici : ces items annoncent leur besoin de révision par l'article 89, donc d'un accord des deux assemblées puis du Congrès ou du peuple. L'impossibilité éventuelle est politique (trouver la majorité), pas juridique. L'honnêteté procédurale de cet étage mérite d'être notée comme telle.

Étage 2 — La méthode contestée : l'article 11 comme passage en force partagé. C'est la symétrie la plus remarquable du champ. Réviser la Constitution par référendum direct de l'article 11 — voie envisagée côté RN pour l'immigration5 6 — est jugé contraire à la Constitution par la doctrine dominante : Dominique Chagnollaud la qualifie de voie « largement considérée au sein des juristes comme non-conforme », et le président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius a publiquement rappelé que toute révision passe par l'article 896. Or la même voie de l'article 11 est celle que retient Mélenchon pour convoquer l'Assemblée constituante de la 6e République, dans l'édition 2025 de L'Avenir en commun9 — position que défend la juriste de son programme (le référendum ne réviserait pas la Constitution mais engagerait un processus) et que conteste par exemple Jean-Philippe Derosier, pour qui le Conseil constitutionnel bloquerait le décret de convocation10. Le différend doctrinal est réel et non tranché ; ce que le corpus établit, c'est que les deux extrémités du champ programment le même geste procédural contesté, pour des fins opposées. Les discours qui se désignent mutuellement comme menaces pour l'État de droit partagent la même clé de contournement — c'est un fait de structure, pas une opinion.

Étage 3 — Le fond contraire aux normes supérieures. Ici se logent les items qui, même après passage devant le peuple, heurtent des blocs de constitutionnalité ou de conventionnalité qu'une loi ordinaire ni même un référendum de l'article 11 ne peuvent écarter. La « priorité nationale » dans l'accès aux prestations, au logement ou à l'emploi est, en l'état, contraire à la Constitution — le Conseil constitutionnel a rejeté en avril 2024 la proposition de référendum d'initiative partagée qui la portait7 — et sa version programmatique (prestations réservées, suppression des aides non contributives pour les étrangers extra-européens2) se heurte de surcroît au droit de l'Union et à la Convention européenne. Même régime pour la limitation de l'asile « à une centaine d'individus par an » avec dépôt obligatoire hors du territoire2 : le droit d'asile a valeur constitutionnelle et conventionnelle (Convention de Genève), et aucun quota chiffré n'est opposable à une demande individuelle sans refonte de ces deux étages normatifs à la fois. La déchéance de nationalité étendue aux « délinquants récidivistes » binationaux2 pose des questions analogues d'égalité devant la loi. L'important, du point de vue de l'analyse de discours : ces items ne déclarent pas leur besoin de refonte normative, contrairement à l'étage 1 — ils énoncent au présent de l'indicatif ce qui exigerait une triple rupture (constitutionnelle, européenne, conventionnelle). L'écart entre le mode grammatical de l'énoncé et son coût juridique réel est ici maximal — c'est le billet n° 8 appliqué au droit : l'énoncé s'immunise en taisant son payeur normatif — et c'est cet écart, plus que la mesure elle-même, que l'électeur devrait apprendre à lire.

Étage 4 — L'hétéronomie : promettre la décision d'autrui. Dernier régime, le plus discret : des items juridiquement concevables mais dont l'exécution dépend d'une volonté tierce que le président français ne commande pas. Exiger de la BCE la transformation de la dette détenue en dette perpétuelle à taux nul2 suppose l'assentiment d'une institution dont l'indépendance est de rang conventionnel ; le fonds européen de défense de 500 milliards par emprunt commun2 suppose vingt-six partenaires ; l'extension de la dissuasion française aux membres de l'UE2 suppose leur demande. Ces énoncés ne sont pas inconstitutionnels : ils sont performativement incomplets — des promesses dont le sujet grammatical n'est pas celui qui promet. À l'inverse, et c'est un paradoxe utile, les items réputés les plus radicaux du champ souverainiste — la sortie de l'UE par l'article 50 du traité, que portent historiquement les candidatures Asselineau, Philippot ou Dupont-Aignan [plateformes 2027 détaillées à verser au corpus : À VÉRIFIER] — sont procéduralement parmi les plus propres : une voie de sortie explicitement prévue par le traité lui-même. Le coût en est économique et géopolitique, pas procédural. La radicalité du fond et la propreté de la forme sont deux axes indépendants ; le débat public les confond systématiquement.

Discours-contre et discours autoréférentiels

Dernière question : quels programmes sont écrits contre un autre discours, et lesquels tiennent seuls ? Le comptage des trois classes d'actes fournit une première approximation objective (pièce comptages.json, clé classes) : la part d'énoncés de destitution — abroger, supprimer, interdire, revenir sur — mesure la dépendance d'un corpus à ce qu'il combat.

Les corpus les plus contre-dépendants sont ceux de Zemmour (30,2 % d'énoncés de destitution), Mélenchon (28,2 %) et l'UDR (27,8 %)2. Chez Mélenchon, la destitution est nominative : le corpus abroge des lois désignées par le nom de leurs auteurs (loi Carle, réformes du cycle 2017-2026, code de justice des mineurs, loi France Travail)2 — un programme dont la table des matières est, pour une part substantielle, l'œuvre législative de l'adversaire. Chez Zemmour, la destitution est datée : réinstaurer le délit de séjour supprimé en 2012, rétablir les corps supprimés en 2021, revenir sur les jours de carence2 — le corpus est un contre-calendrier. L'UDR, on l'a vu, est destitution pure sans contrepartie d'institution.

À l'autre pôle, les corpus les plus autoréférentiels — forte institution, faible destitution — sont Barnier (36,4 % d'institution, 0 % de destitution), le PS (36,4 % / 0 %), Glucksmann (34,1 % / 14,6 %), le Front populaire (33,3 % / 12,1 %) et, cas remarquable, Villepin (50 % d'institution sur dix items)2. Le chapitre éducation de Lisnard relève du même régime : chèque-éducation, certificat de fin de primaire, corps enseignant unique, subsidiarité communale2 — une architecture qui se définit par ses propres pièces, presque sans référence adverse. Le plan IA de Retailleau (dix items, un assistant nommé, un dispositif de formation)2 est l'îlot autoréférentiel d'un corpus par ailleurs fortement destituant.

Deux couplages en miroir méritent d'être isolés, parce qu'ils montrent des discours conçus l'un contre l'autre au sens strict. Le premier : Philippe et Attal proposent de constitutionnaliser une règle d'or budgétaire2 au moment précis où le RN abandonne la sienne, marqueur historique de son discours sur la dette1 — le bloc central occupe en temps réel la position que l'adversaire évacue. Le second : le couple Dutreil (défendu d'un côté, raboté de l'autre2) et le couple ISF (supprimé par le cycle sortant, rétabli par trois corpus2) fonctionnent comme des serrures dont chaque camp promet de tourner la clé en sens inverse — des mesures devenues pures positions différentielles, sans autonomie sémantique.

Enfin, le cas Mélenchon impose une distinction que le seul ratio ne capture pas : son corpus est à la fois le plus contre-dépendant du champ dans le détail (les abrogations nominatives) et le plus autoréférentiel dans la structure — la Constituante de la 6e République9 est l'unique proposition du champ qui refonde le cadre au lieu de jouer dedans, et elle n'a besoin d'aucun adversaire pour s'énoncer. Contre-discours au niveau des mesures, discours souverain au niveau du cadre : cette torsion est propre à ce corpus et explique sans doute sa longévité discursive sur quatre campagnes.

Ce que cette analyse ne dit pas, et comment la réfuter

Cette étude ne prédit aucun résultat électoral, ne hiérarchise aucun candidat en valeur et ne qualifie aucune personne : elle classe des énoncés à une date donnée, sur un corpus déclaré, avec des marqueurs publiés. Elle est réfutable par quatre voies, toutes ouvertes : (1) montrer qu'un corpus manquant (Roussel, Faure, Hollande, Bertrand, Cazeneuve…), une fois publié, casse un des deux bassins ; (2) montrer que les lexiques de classes produisent des classements différents sur un autre agrégateur que l'iFRAP, qui est une source unique et orientée sur les finances publiques — biais assumé et déclaré ; (3) montrer qu'un marqueur défini à l'aveugle s'allume massivement dans le mauvais bassin (le test Dutreil montre que le protocole détecte lui-même ses faux positifs directionnels) ; (4) contester la typologie à quatre étages sur un cas précis, pièces juridiques à l'appui. Les affirmations constitutionnelles rapportent des positions doctrinales sourcées, y compris minoritaires ; aucune n'est présentée comme tranchée quand elle ne l'est pas. Le corpus sera versionné : toute proposition publiée après le 2 septembre 2026 appartient à l'itération suivante de l'analyse, pas à celle-ci.

Notes et pièces

  1. LCP, « Présidentielle 2027 : la liste des candidats déjà en lice et des prétendants », mis à jour le 31 août 2026.
  2. Fondation iFRAP, comparateur de programmes 2027, consulté le 2/09/2026 — extraction dans la pièce corpus_ifrap_2026-09-02.json ; tous les pourcentages et scores proviennent de la pièce comptages.json, produite par le script analyse_lexicale.py.
  3. ici.fr (Radio France), « Présidentielle 2027 : qui sont les candidats déclarés ? ».
  4. Toute l'Europe, « Présidentielle 2027 : qui sont les principaux candidats déjà déclarés ? » — dates du scrutin, condamnation en appel avec maintien de l'éligibilité.
  5. Public Sénat, « Référendum sur l'immigration, primauté du droit national : le projet est-il faisable ? », février 2026.
  6. JDD, « Pourquoi réformer la Constitution par référendum est anticonstitutionnel » — positions de D. Chagnollaud et L. Fabius.
  7. Les Surligneurs, « Immigration : les promesses et les non-dits », juillet 2024 — rejet du RIP par le Conseil constitutionnel.
  8. Politis, dossier présidentielle 2027 (candidature maintenue après condamnation en appel du 7 juillet 2026).
  9. L'Avenir en commun, édition 2025, chapitre constituant.
  10. Public Sénat, « L'Assemblée constituante est-elle possible ? » — positions de J.-P. Derosier et C. Girard.

Ce billet, noté par sa propre méthode

Quinze affirmations, onze exposées, une pour moitié, trois comptées contre. Taux : 77 %. C'est le score d'un billet qui mêle mesures sur pièces et thèses de cadre — les thèses paient, comme il se doit. Toutes les mesures sont recalculables : corpus, script et résultats sont téléchargeables ci-dessus, et le protocole des marqueurs à l'aveugle est publié en clair.

SemiosX mesure des énoncés, pas des personnes. Les candidats sont nommés ici comme auteurs d'énoncés programmatiques publics, et la même grille — marqueurs définis à l'aveugle, comptages publiés — s'applique à tous les bords sans exception. Aucun jugement de personne n'est porté ; seuls des corpus, des marqueurs et des scores le sont.

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